Un point sur les paiements en restaurant

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Nouveaux modes de paiement, nouvelle réglementation sur les espèces, un choix élargi dans les systèmes d'encaissement : il est temps de faire un petit récapitulatif sur les modes de paiement au restaurant.

Les espèces

Tout commerçant doit obligatoirement accepter les espèces. La limite est fixée à 1000 € depuis le 1er septembre 2015. L'article I de l'article L. 112-6 du code monétaire et financier « ne peut être effectué en espèces ou au moyen de monnaie électronique le paiement d'une dette supérieure à un montant fixé par décret, tenant compte du lieu du domicile fiscal du débiteur et de la finalité professionnelle ou non de l'opération ».

Bercy, par la voix de Michel Sapin, ministre des Finances mentionne que « La première volonté, c'est de faire reculer le cash et l'anonymat dans l'économie française » et « Nous avons besoin de pouvoir tracer les opérations suspectes très en amont. Il faut resserrer les mailles du filet ». Si la restauration est globalement moins touchée par cette restriction que d'autres secteurs comme les grands magasins Parisiens (Galeries Lafayette, Printemps) ou le prêt à porter de luxe, cela fait grincer des dents.

Second moyen de paiement obligatoire

Les chèques, cartes bleues et tickets restaurants peuvent être acceptés mais sont facultatifs. A l'entrée de l'établissement, il est obligatoire d'afficher tous les modes de paiement acceptés. Le commerçant est dans l'obligation de proposer un second moyen de paiement alternatif aux espèces. Le commerçant peut refuser les autres moyens de paiement (outre espèces et le moyen de paiement alternatif choisi).

Concernant les chèques et cartes bleues, le commerçant peut les refuser en dessous d'un minimum de paiement, du moment qu'il en informe clairement le client par voie d'affichage.

La carte bancaire

C'est le moyen de paiement préféré des français à 71% pour les montants supérieurs à 50€, à 67 % entre 10 et 50 € et finalement peu utilisé (à 14%) sous la barre des 10€ (sondage CSA pour Bercy 30/04/2015). Pour les commerçants, le problème se situe sur les coûts de commission qui contiennent notamment la CIP (Commission Interbancaire de Paiement) répercutée par la banque au commerçant. Le CIP vaut entre 0,5% et 0,8% du montant mais certaines banques prennent une commission forfaitaire sur les petits montants (par exemple 1€ pour les montants inférieurs à 16€). L'annonce du mois est que cette commission sera baissée en moyenne de 18% et la partie fixe sera supprimée à partir du 9 décembre 2015, selon Michel Sapin.

Le but est de faciliter les paiements CB dans le but de réduire les paiements en liquide. Pas de sous-entendu, le message est clair, la fraude et la traçabilité est paiements est la priorité.

Le paiement par CB est bien connu des restaurateurs qui disposent a peu près tous des terminaux type « Ingenico » reliés de près (par fil) ou de loin (wifi) à la caisse enregistreuse. Les « collectes » par GSM ou Internet n'ayant plus de secrets pour eux. Néanmoins, de nouveaux acteurs viennent bousculer l'hégémonie des acteurs en place, notamment iZettle, Payleven, Square ou Sumup. Plus légers, ceux-ci permettent d'accepter les paiements CB à partir d'un mobile ou d'une tablette et s'accompagnent d'applications de gestion nouvelle génération. iZettle ou Sumup se connectent aussi aux caisses enregistreuses de dernière génération.

Les titres restaurants

Pour accepter les titres restaurants, le restaurant doit être affilié à la centrale de règlement des titres, il ne peut accepter qu'un seul ticket par personne, rendre la monnaie est interdit. Les tickets restaurants papiers doivent être envoyés aux centrales de gestion appropriées. Véritable casse-tête de gestion, vous pouvez vous faciliter ENORMEMENT la vie avec une application comme Ticketpack qui permettent de scanner, trier, compter, préparer les envois et suivre les loooongs remboursements.

Côté numérique, les TR se sont aussi digitalisés. Disponibles en version « carte à puce » ou version mobile (chez RestoFlash), la version paperless est boudée par les clients et entreprises pour sa rigidité. L'informatisation du TR conduit notamment au respect des contraintes légales par le restaurateur, là où tous faisaient preuve d'une certaine largesse. Néanmoins, RestoFlash sort sont épingle du jeu. Grâce à une application mobile et un réseau clients organisé en réseau social, le restaurateur peut capter une nouvelle clientèle d'employés souvent très difficile à déloger de ses habitudes (l'article complet est ici).

Les paiements mobile

Forcément, on n'entend parler que de cela en ce moment. Arrivée imminente d'un Apple Pay, Paypal se pose sur le terrain, Samsung qui rachète un acteur majeur du secteur, Google tentant d'imposer son  "wallet"… de nombreux systèmes basés sur le mobile font leur apparition. Certains ne font qu'enregistrer des CB pour les réutiliser via le sans-contact du mobile. D'autres innovent, comme Lydia, qui par le biais d'un QR Code et un système de jetons apporte une sécurité rarement atteinte et une vitesse de traitement hors-norme. Lydia est très utilisé en restauration collective, notamment, et est présent sur certaines caisses comme Tiller ou Digipad.

La CB sans-contact

Disons clairement ce que nous en pensons : c'est une foutaise. Rien n'est moins sécurisé : cryptage mauvais, informations présentes sur la carte non sécurisées, attaques par tiers et antennes relais, vol de cartes par duplication dans les transports en commun, etc. Les premières CB sans contact imposées aux clients il y a 2ans ne disposaient d'aucune sécurité du tout ! Avec un simple téléphone mobile NFC il est possible de dupliquer une carte.

L'histoire aurait du nous faire rire, la CNIL l'a pointée du doigt, mais rien n'y fait, elle nous a été brutalement imposée par les banques. Bientôt, tous les terminaux de paiement vont automatiquement être remplacés pour les accepter. Tout est fait pour que l'on y passe.

Cela fait presque 15 ans que les banques courent après elle et sont sur le point d'arriver à leurs fins. La raison est simple : la monnaie physique n'est pas sous l'égide des banques et le nombre de transactions liquides représente une masse d'argent incroyable que les banques ne peuvent pas taxer. La stratégie est de fournir gratuitement le sans-contact à tous, progressivement réduire la monnaie en circulation pour enfin pouvoir mettre des taux de commission dessus. A terme, il sera impossible de s'échanger 1€ sans que les banques s'en mettent dans les poches. Le discours était déjà celui-ci il y a 15 lorsque votre humble rédacteur développait les protocoles de communication de Mondex, premier porte-monnaie électronique testé en France (à Strasbourg).

Nous déconseillons aussi très fortement d'imposer le paiement sans contact au client : nous avons vu des restaurateurs passer la carte de force sur l'appareil sans que le client ait à taper son code — ceci nous a valu d'assister à plusieurs scandales en caisse, dont 3 de ma part —. N'écoutez donc pas les conseils de votre banque vous « conseillant de le faire pour vos clients afin de les habituer ».

Bon à savoir : les paiements mobiles sont en général plus sécurisés que les paiements CB sans-contact. Certains systèmes font en sorte que les numéros de carte ne soient pas stockées dans le mobile (mais dans une banque virtuelle sur Internet), d'autres stockent les numéros dans une partie hardware du téléphone (Apple) inaccessible aux logiciels installés sur le mobile.

Et l'avenir ?

Les changements numériques que nous vivons aujourd'hui prouvent à quel point les modes auxquels nous avons été habitués durant les 30 dernières années sont en train d'être bousculés. De nouveaux modes économiques apparaissent et les nouvelles startups ne sont pas à court d'idées pour révolutionner tout cela : le paiement est en ligne de mire des prochaines grandes innovations. Certains utilisent le détestable et injuste mot « uberisation » (et en font des think tank médiatiques comme http://www.uberisation.org/). D'autres crient plutôt au génie avec un synonyme plus enthousiaste « disruption numérique » . Peut-être un jour les BitCoin seront acceptés ?

Pour une petite introduction aux disruptions numériques, jetez un coup d'œil à cette vidéo de The Family, qui date un peu maintenant, mais décrit bien la situation.